Catégories : Actualités, édito

by FNDIRP

Share

Catégories : Actualités, édito

Par FNDIRP

Partagez


Ce siège historique ouvert dès octobre 1945, lors de la création de la FNDIRP, par le colonel Frédéric-Henri Manhès et Marcel Paul, résistants déportés à Buchenwald, ne sera plus.

Là où les déportés trouvaient un refuge après leur retour des camps nazis. Là où ils pouvaient se faire soigner alors que la Sécurité sociale n’en était qu’à ses balbutiements et qu’ils étaient pour une grande majorité d’entre eux dans l’impossibilité d’occuper un emploi. Là où ils trouvaient une oreille bienveillante alors que les cellules d’écoute psychologiques n’existaient pas, leur parole, dans un contexte d’après -guerre difficile, pouvait enfin se libérer grâce à la présence de médecins, eux-mêmes déportés.

Deux autres figures de notre Fédération, présentes dès l’origine, l’ont très justement rappelé. Le docteur Louis Fichez, tout d’abord, l’un des maîtres d’œuvre des réalisations médicales et sociales de la FNDIRP, déporté à Mauthausen, l’exprimait en ces termes :« Au début, on a cru que de retour à la vie normale on allait redevenir normaux immédiatement. On s’est trompé. Il faudrait des années pour se rétablir. Les déportés venaient rue Leroux comme on appelle au secours. »

Renée Mirande-Laval, ensuite, avocate, déportée à Ravensbrück et Mauthausen, confirmait :« Nous ne pouvions vivre sans cette rue Leroux. À chaque occasion, à chaque instant, à chaque joie, à chaque peine, il fallait que nous courrions là-bas le dire aux autres, partager encore avec eux nos peines, comme nos joies. Dès ce retour et dès la constitution de la Fédération, un de nos soucis essentiels avait été de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour que le maximum d’entre nous survive, pour que nous puissions, les uns et les autres, nous soigner. »

Filles et fils de déportés, nous avons été confrontés à la dure réalité de leur survie ; toute notre enfance a été rythmée par leurs traumatismes et leurs départs vers la rue Leroux où tous les déportés de l’Hexagone trouvaient un refuge salutaire. Mais, malgré tout, le chemin de la guérison et de la réinsertion a été long et difficile.

Les déportés, soucieux de l’avenir de leur Fédération alors que leurs rangs commençaient à s’éclaircir, avaient pourtant bien anticipé en vendant ses locaux et en transférant le centre médical à l’Union des Mutuelles de France (UMIF) avec qui ils partageaient les mêmes valeurs, puis en lui faisant donation de ses œuvres à Fleury-Mérogis, le centre Jean-Moulin, la clinique Frédéric-Henri Manhès et la maison de retraite Marcel-Paul, en stipulant expressément que celle-ci devait en contrepartie lui garantir l’hébergement gracieux.

Or, l’UMIF, déclarée en redressement judiciaire le 8 octobre 2024, a été contrainte, pour honorer ses dettes, de vendre les locaux de la rue Leroux, nous privant ainsi, à notre grand regret, de notre siège historique. Nous sommes tous, dirigeants, adhérents et salariés, particulièrement affligés par cette décision dont nous ne sommes aucunement responsables.

Nous gardons cependant le cap ; l’histoire de la FNDIRP s’inscrira désormais dans un autre lieu, en mémoire de ceux qui ont lutté et souffert pour que le monde retrouve la Liberté et dont nous devons perpétuer la mémoire.

La page de la rue Leroux se fermera définitivement le 31 décembre 2026.

Articles Similaires

  • Claire Auzias est historienne. docteure en histoire, elle consacre depuis plus de trente ans une grande partie de ses recherches à l’histoire des Tsiganes, plus particulièrement autour du génocide et des persécutions nazies. Son livre Samudaripen, le génocide des Tsiganes, édité pour la première fois en 1999, fait l’objet d’une troisième édition à paraître ce […]

  • L’histoire est une matière vivante. Il faut lire des livres (beaucoup) pour apprendre. mais rien ne vaut la confrontation avec le réel, avec les témoins – tant que c’est possible – pour intéresser les jeunes esprits. Exemple dans un collège du Loiret. Quand il est arrivé de Bordeaux en 1999, frais émoulu, jeune titulaire, Benoît […]

  • Le 17 août, la Fédération nationale des déportés internés résistants et patriotes (FNDIRP) a rendu hommage aux sept résistants des Forces françaises de l’intérieur (FFI) tués à la même date, en 1944, rue Leroux à Paris. La cérémonie s’est déroulée dans une atmosphère chaleureuse, en présence notamment de M. Jacquet, délégué général du Comité de […]

  • Une pensée pour Samuel Paty s’impose. Fonctionnaire d’état, professeur d’histoire-géographie, il est mort dans l’exercice de sa mission, assassiné le 16 octobre 2020 par un jeune Tchétchène de dix-huit ans réfugié en France. Dans le cadre d’un cours d’enseignement moral et civique, il avait montré les caricatures de Mahomet publiée par Charlie-Hebdo. La polémique qui […]